Une histoire qui gratte

Personne n’écrivait près de mon bureau. J’étais seule dans la chambre avec les ombres projetées par le mobilier.

Au début, ce n’était pas un cauchemar, mais ça avait fini par le devenir. Cela n’avait duré que quelques secondes, pourtant. J’étais juste en train de poser un carnet de poche et un stylo sur mon bureau, dans ma chambre, juste en face de mon lit.

C’était un simple petit détail de ma journée, rien de bien spécial. Le genre de détails qu’on oublie. Maintenant, je regrette amèrement de l’avoir fait, ce ne serait peut-être jamais arrivé. Laissez-moi vous expliquer ce qu’il s’est passé.

La nuit d’après, j’ai eu un rêve. Après m’être couchée vers 21h30, je dormais déjà depuis plusieurs heures. Je ne me souviens pas des autres rêves de la nuit, juste de celui-ci.

Dans ce rêve, le soleil était haut dans le ciel et mes parents venaient de m’appeler pour le dîner. Je tenais dans la main un carnet, sur lequel était inscrit en grandes lettres jaunes sur fond gris, « Et puis, mince ! ». C’était un de ces carnets que ma mère offrait aux clients du programme qu’elle avait créé pour aider les gens à retrouver la forme. Elle m’en avait donné un, dont je me servais comme pense-bête. J’y annotais mes idées de nouvelles. Dans l’autre main, je tenais un simple stylo noir. Je venais d’avoir une idée et je l’avais notée. Comme la nuit porte conseil, je comptais attendre jusqu’au lendemain avant de décider si c’était une bonne idée. J’avais donc reposé le carnet et le stylo sur le bureau de ma chambre et j’avais descendu les escaliers pour aller manger.

Après avoir revécu dans mon rêve cette scène de la journée, je me suis soudain réveillée en sursaut. Dans l’obscurité de ma chambre, un léger grattement se faisait entendre. Comme celui d’un stylo sur une feuille de papier. Avec mon frère, nous avions chacun notre chambre, et je dormais donc seule dans la mienne. Je savais que j’étais bien éveillée, et je savais aussi que je n’étais pas en train d’écrire. Mais alors, je n’étais pas seule…

Parfois, il m’arrivait de me réveiller la nuit et d’avoir une idée que je notais tout de suite sur mon carnet pour ne pas l’oublier mais là, ce n’était pas le cas. Je ne pouvais pas être à la fois couchée dans mon lit, et assise à mon bureau en train d’écrire ! La main tremblante, et après quelques secondes de tâtonnements, j’attrapai et allumai la fausse bougie Ikea posée sur ma table de chevet. Le grattement était toujours là, je l’entendais.

Ces fausses bougies ne sont pas bien puissantes, c’est le moins qu’on puisse dire, et je ne voyais décidément pas grand-chose. Tout de même, j’étais à peu près certaine que personne ne se trouvait près de mon bureau. A part moi et quelques ombres projetées par le mobilier, il n’y avait personne dans ma chambre. Pourtant, le grattement persistait. Je ne suis pas du genre à croire aux fantômes, et je me disais que le bruit que j’entendais était peut-être le fait d’un petit animal, mais bon, mon cœur battait maintenant à cent à l’heure.

Je me levai et trouvai mon chemin en tâtant le mur avec le bras tendu. J’étais terrifiée. Je jetai un regard vers le carnet et le stylo. Aucun mouvement, mais le bruit état toujours là. À ce stade, j’étais en train de commencer à me calmer. Sortir du lit et agir m’avait fait du bien. Soudain, je me rappelai alors d’une autre nuit. Une nuit où mon frère s’était plaint d’avoir entendu des écureuils gratter le plafond.

Des écureuils, mais oui, c’était sans doute des écureuils. Le soulagement m’envahit et je me rendis compte du ridicule de ma réaction. J’avais juste fait une association d’idées liée à mon rêve. Je retournai dans mon lit et, quelques minutes plut tard, me rendormis.

Le lendemain matin, je me réveillai, puis je m’habillai, et pris mon petit déjeuner,… Je ne pensais plus à cette histoire, lorsque je me souvins que j’avais noté une idée de nouvelle, mais je ne me rappelais plus laquelle. Je me dirigeai alors vers mon bureau pour voir si cette idée tenait la route, quand je vis les quelques mots écrits à l’encre bleue. C’était une belle écriture, élégante et soignée, et ce n’était pas la mienne. Sur la page, il était écrit : Des écureuils, mais où vas-tu chercher de telles idées ?